Dernier discours aux terminales - promotion 2020.

Discours prononcé le 26 juin 2020, à l'occasion du dernier "au revoir" aux terminales du Lycée Saint Jean.

Vous! Promotion 2020 du lycée Saint Jean, salut!

Ce seront mes dernières paroles de professeur et de directeur, et je veux que vous l'entendiez ainsi. Et je vous dirai, non sans une certaine gravité, que si vous partez, tous, vers des horizons divers, dès à présent et pour toujours vous portez la marque de ce lycée. Nous ferons, d'une manière ou d'une autre, partie de vous, à présent. Nous sommes vos souvenirs. Nous faisons partie de votre histoire personnelle.

Vous partez de Saint Jean enrichis d'un trésor que nul ne peut vous ôter. Sens de l'effort (même le plus fainéant d'entre vous s'y est mis, au moins une fois), sens de la communauté, de la camaraderie, et aussi, sens de la beauté, elle que nous avons essayé, que ce soit par une belle partition du Reniement de Saint Pierre de Charpentier, que ce soit par l'art dramatique ou par l'art plastique, mais aussi par une belle passe de rugby, par l'élégance d'une démonstration mathématique ou par le pathétique d'un sonnet de Du Bellay, de vous rendre perceptible.

Ainsi, vous partez de Saint Jean enrichis d'un trésor que nul ne peut vous ôter, si ce n'est vous même, si vous cédez à l'oubli, si vous cessez de cultiver en vous ces richesses que nous avons voulu vous offrir.

Alors, vous qui avez été gâtés par la  vie, sachez que vous avez maintenant un devoir. Cicéron disait* qu'il y a deux sortes d'injustices: celle que l'on commet, et celle qu'on laisse commettre: elles sont également coupables. Et il ajoutait qu'ils se trompent, ceux qui croient faire le bien parce qu'ils ne causent pas de tort aux autres. Retenez cette leçon de l'Ancien: n'entrez pas dans vos vies d'adultes en n'ayant pour seul projet que de vous occuper de vous-mêmes, de vos proches, et de vos petits conforts. Vu ce que vous avez reçu, ce serait commettre une injustice.

Oui, vous avez beaucoup reçu ; et vous prétendez à ce qu'il y a de meilleur (j'ai vu vos résultats, je connais vos dossiers, les universités et grandes écoles auxquelles vous prétendez...) ; il vous sera donc beaucoup demandé.** Ce seront donc mes dernières paroles, ma dernière consigne : ne vous contentez pas de petites satisfactions égoïstes; vos talents, les richesses que vous avez reçues, mettez-les au service du Bien Commun. Faites de la politique, du social, de l'humanitaire, de l'art, du spirituel... chacun selon ses talents: mais ces talents, faites-les fructifier.***

Tous les professeurs ici présents, et moi-même, avons été heureux d'être vos maîtres, pour un temps. Nous vous saluons donc, et vous souhaitons bonne route; et gardez-nous une place dans vos pensées, et dans vos prières ; et gardez à l'esprit l'image, ou plutôt l'exemple, de cette équipe de professeurs tout à la fois exigeants, sévères ou bonnasses, drôles ou râleurs, mais tous prêts à passer des heures et des heures, inlassablement, à poursuivre un idéal.

Adieu. Adischatz.

Stéphane Morassut

* cf. Cicéron, De Officiis, I, VII, 23.
** cf. Evangile selon Saint Luc, 12:48
** cf. Evangile selon Saint Matthieur, 25: 20.





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