Sommaire 2026
Fidèle à sa mission, les Cahiers 2025-2026 ont donné au geste du passeur la primauté. Vous y lirez dans cette dernière "livraison" la parole de plusieurs de ces « passeurs », appelons-les professeurs, enseignants, prédicateurs, orateurs, écrivains ou poètes : tous ont pour point commun de rendre accessible un message, ou de faire accéder un public à ce message.
Noble tâche que de transmettre une culture, à travers sa littérature, en s’efforçant de ne pas évacuer la portée morale des lectures – illustrant en cela la figure du pédagogue que nous avons toujours voulu défendre dans ces Cahiers, depuis 2018, celle d’un professeur et d’un éducateur – et c’est ce que nous lirons dans le discours de Fabrice Butlen adressé à un public d’adolescents ayant travaillé sur une tragédie de Sénèque.
Noble tâche également que celle de ce frère prêcheur, Fr. Etienne Harant o.p., une plume fidèle des Cahiers de Saint-Jean, aujourd’hui investi dans une mission au cœur de l'institution scolaire catholique, conscient des enjeux contemporains de ce qu’il faut bien nommer le retour de la guerre scolaire, et nous rappelant ici notre mission au sein de nos écoles catholiques, à savoir servir la communauté.
Noble tâche enfin que celle du poète et éditeur Eric Dazzan qui, dans une démarche devenant aujourd’hui de plus en plus héroïque tant tout ce qui nous entoure nous en détourne, de prendre le temps, dans le secret d’un cabinet de travail, de lire, de penser, et d’écrire, de nous écrire, assez longuement, dans le but de répondre gratuitement à une question gratuite que nous lui avons posée, afin de déterminer si la foi et l’adhésion à une doctrine enrichit, ou au contraire enferme dans un carcan, le poète. Une manière de sonder, dans cette publication catholique, notre propre liberté.
Pour ce qui est de notre propre proposition, nous avons voulu cette année sonder les causes et conséquences de deux doctrines opposées. D’une part, à l’heure du retour à l’ordre et à l’irrationnel, il nous a semblé utile de prendre le texte d’un écrivain talentueux et controversé, Rebatet, d’en lire un passage de haute volée stylistique, pour sonder ce qui constitue la pensée de l’homme fasciste. Il ne s’agit ici ni de glorifier ni de maudire, ni d’excuser ni de condamner, mais de montrer comment l’analyse littéraire, loin d’être un exercice déconnecté de tout concret, peut avoir une action de dévoilement éminemment politique, au sens noble du terme : identifier où est le juste et où est l’injuste, où est la liberté et où est la servitude. A l’inverse, nous avons voulu parler un peu d’Albert Camus, de sa philosophie dite de l’Absurde, doctrine d’un humaniste de gauche, dont les fondements nous semblent dignes d’un examen critique, d’autant plus que, par la magie du style et de la brièveté littéraire, des œuvres comme L’Etranger sont devenues comme des passages obligés en première au lycée. La bascule du constat de l’absurde à la solidarité se fait d’une manière étrangement mystérieuse, et cela mérite qu’on y regarde de plus près.
Enfin, signe de notre goût pour la littérature crépusculaire et pour ce qu’elle déploie de situations extrêmes, nous avons accordé du temps à la lecture d’un passage d’un livre de la Bible (dit « deutérocanonique », car seule l’Église l’intègre à son canon des écritures), celui du martyre des sept frères avec leur mère. Une mère que l’on force à assister à l’exécution de ses fils, que l’on veut obliger à renier. Situation de tension paroxystique, tirée d’un texte antique et résonnant puissamment avec les horreurs du XXe s. Mais l’approche choisie cette fois sera celle de l’analyse éthique plus que littéraire, avec l’apport d’Aristote, de Kant et de Lévinas. J’espère que le lecteur pardonnera le côté un peu académique de ce travail.
CAHIERS DE SAINT-JEAN - Sommaire 2026
Que retenir de Médée ? Par Fabrice Butlen.
Dans ce discours, l’orateur, notre ami Fabrice Butlen, félicite les lauréats du Calame d’Or, et les invite à cultiver l’héritage de la langue et de la culture latines. A travers la Médée de Sénèque, il montre comment la tragédie met en scène la transformation d’une femme en monstre sous l’emprise du furor, tout en reconnaissant la puissance héroïque de son énergie ; et d’inviter à admirer la force de caractère sans en imiter la violence, en retenant l’élan mais en rejetant le mal. Et en cela, Fabrice incarne la noblesse du pédagogue, qui se fait passeur d’une culture, d’une littérature et d’un savoir, tout en assumant ses responsabilités, sachant désigner l’endroit de la précaution, et celui de l’admiration.
L’Ecole catholique et la nation, par Fr. Etienne
Alors que la suspicion s’avive, dans certains secteurs de notre société, contre l’école catholique, et que les accusations se multiplient, Frère Etienne identifie avec perspicacité les enjeux fondamentaux de ces attaques : on accuse, en dernière analyse, l’école catholique d’être anti-sociale, et en fait, anti-nationale. Frère Etienne défend avec vigueur l’utilité collective, et la loyauté à l’égard de la Patrie, de l’école catholique.
Poésie et spiritualité : entretiens avec Eric Dazzan 1 & 2.
Le
point de départ de cette correspondance est la question, posée à un
poète, sur les rapports entre l’acte d’écrire et la foi de celui qui
écrit, leur complémentarité ou leur conflictualité (l’écriture
trahit-elle la foi ? La foi empêche-t-elle la liberté de l’écriture?).
Cheminement de pensée d’un lecteur, d’un écrivain, et aussi d’un
passeur, puisque Eric exerce également le métier de professeur et
d’éditeur. Il serait inopportun de tenter de retracer cet itinéraire
méditatif et littéraire, par un simple résumé, car au-delà des idées qui
y sont contenues, il y a aussi la forme qui les contient, qui s’efforce
de traduire l’intime de la conscience, de la sensibilité et de
l’élaboration d’une pensée, et je ne peux qu’inviter le lecteur à se
laisser porter sa lecture et, par le jeu de la résonance, méditer à son
tour.
Dans le prolongement de ce que nous écrivions sur le possible désir d’opter pour l’irrationnel – et le mal – pour ce qu’il est, et sur la manière, habituelle, qu’adoptent les autocraties pour s’installer, et nous appuyant, selon notre coutume, de manière directe sur ce que disent les textes, ceux des témoins eux-mêmes, nous avons voulu ici, à travers la lecture d’un texte d’un fasciste authentique, pénétrer l’esprit de l’homme d’extrême-droite, profondément contradictoire, où le désir de l’ordre coexiste avec celui du désordre, la volonté de voir advenir une harmonie parfaite et figée se conjugue avec une attirance instinctive pour l’humiliation des victimes.
La présence d’Albert Camus dans les lectures au lycée appelle à une certaine vigilance, et il est légitime de s’interroger sur la légitimité de biberonner notre jeunesse à la philosophie de l’Absurde. Au-delà du nietzschéisme faible, c’est surtout l’inconséquence d’une pensée qui retient notre attention, une pensée qui abat les normes, accusées d’être sans fondement, pour aboutir à une nouvelle norme, sans fondement elle non plus, mais s’imposant mystérieusement, dans une sorte de retour discret du transcendant.
Le martyre des sept frères et de leur mère - essai de lecture éthique
Où nous tentons, en convoquant des Aristote, Kant et Levinas, de donner une lecture éthique d’un récit biblique, situé dans le deuxième livre des Maccabées, mettant en jeu des tensions morales extrêmes.
Retrouvez les précédents sommaires annuels des Cahiers de Saint-Jean :
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| Wilhelm Leibl, Die Dorfpolitiker (1877) - Museum Oskar Reinhart, Winterthour (Suisse) |

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